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Mon fil d’Ariane

Publié dans Triplette de Villeray (juin 2015)

Voici une photo de moi il y a quelques décennies sur le toit de mon premier appartement à Montréal, dans le quartier Villeray plus précisément. Un vieux petit quatre et demi en enfilade sur la rue Berri avec de vieux planchers croches qui n’avaient même plus de vernis et un vieux chauffe-eau au gaz en forme d’obus dans la cuisine. On pouvait accéder au toit par une échelle située dans le locker. J'avoue que bien des gens ont fait un tour sur ce fameux toit à l’occasion des nombreuses soirées que j’organisais. Cet appartement situé au troisième d’un triplex était vraiment original. On y trouvait un passage secret dans le garde-robe qui nous permettait de passer de la chambre au salon!

En 2016, ça va faire 30 ans que je vis dans le quartier Villeray, dans le même quadrilatère et je m’y plais encore énormément. Comme une terre natale, ce quartier est pour moi source de réconfort, à proximité de tout et que j’ai vue évoluer en phase avec ma vie.

Sur cette photo de moi sur le toit, j’ai l’air de bouder, mais en fait je crois que réfléchissait sur la vie. J’avais probablement vécu une déception et je me demandais bien à quoi ça rimait la vie. J’ai probablement vécu intensément ce petit moment de mélancolie pour ensuite continuer à surfer sur la vie avec détermination et un brin d’effronterie ou d’audace.

 Je savais à l’époque ce que je voulais, du moins je pensais le savoir. Mon appart était mon embarcation de prédilection pour cheminer dans ma vie sociale et intellectuelle. L’important était de foncer dans la vie en tassant sans ménagement, les briseurs de rêves que je rencontrais sur mon chemin. Je me rappelle avoir été capable pendant longtemps de me foutre, avec un certain aplomb, des commentaires négatifs d’éteignoirs en tout genre ou d’hyperréalistes saboteurs de rêve. J’avais mon fil d’Ariane que je tenais fermement à deux mains et qui me tirait vers l’avenir, sauf qu’un jour, quelque part dans les années 2000, j’ai eu l’impression de l’avoir échappé…

Sans ce fil qui agissait comme une boussole, je me suis un peu perdue tout en essayant de maintenir le cap. J’ai navigué à vu en espérant que j’atteindrais un port où je pourrais me mettre à l’abri des intempéries de la vie et de flibustiers saccageurs d’émotions qui ont plus d’une fois sabordé mon embarcation. À force de gouter à la potion amère de la désillusion, j’ai commencé à cesser de rêver. Mais récemment, j’ai repris mes vieilles cartes pour m’orienter et j’ai retrouvé mon fil d’Ariane! Tout c’est alors remis en place, le pourquoi des choix que j’ai faits, la conscience que j’étais maître à bord et surtout cette détermination qui me permet de rire de ceux qui carburent aux truismes genre « la vie est ainsi et on ne peut rien y faire », « plus ça change, plus c’est pareil! ».

Je ne suis pas la seule à avoir eu un moment d’égarement et de désorientation. Je pense que beaucoup de mes contemporains de toutes générations, comme moi, réalisent un moment donné que LA VIE , on doit la remettre à sa place. LA VIE n’a pas a décider pour nous et surtout elle n’a pas à nous demander de sacrifier nos rêves au profit des réalités plates de la société.

Tout le monde a son fil d’Ariane qui nous a été mis dans nos menottes à la naissance. Et ceux qui me diront que je vois la vie avec des lunettes roses, le les envoie paître! J’ai de toute façon plus de temps à perdre avec le cynisme et le statu quo. J’ai recommencé à avoir le goût de partager ce qui me fascine et qui me stimule, avec des mots, des images ou de la musique comme le bon vieux jazz que j’écoute en ce moment en écrivant ce texte. Je suis persuadée que je ne suis pas la seule…