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Janine Leroux Guillaume

Maître Graveur et Artiste multidisciplinaire

Née en 1927, son nom est dans le dictionnaire Larousse des noms propres. Ses œuvres font partie des collections de grandes institutions muséales et privées au Canada et à l’étranger. Janine Leroux Guillaume est une contemporaine d’artistes québécois de renom comme Riopelle, Pellan, Bordua, Leduc, Ferron, Vaillancourt, qu’elle a côtoyé.

Elle est la première artiste canadienne invitée par le célèbre atelier Lacourière-Frélaut, à Paris où elle a fait plusieurs résidences. Lors de ses séjours dans cette Mecque des arts graphiques, elle aura l’opportunité d’y côtoyer Chagall, Picasso et autres grands artistes contemporains comme l’aquafortiste Terry Haass et de fraterniser avec eux.

En plus d’être passée maître dans l’art de la gravure qu’elle a contribué à faire évoluer, elle a exprimé sa créativité dans une multitude d’autres médiums, notamment l’aquatinte, le fusain, l’aquarelle, la peinture, la sculpture, les collages, le vitrail, le modelage et la conception d’installations de toutes sortes.

 

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La nature comme inspiration

Les œuvres de Janine Leroux Guillaume respirent la nature dans tout ce qu’elle a d’aquatique, d’organique et de végétal. Elle rend un véritable hommage aux éléments naturels, notamment aux arbres et à leurs racines que l’on retrouve dans beaucoup de ses œuvres.

Les choix de couleur reflètent également ce besoin de magnifier la nature qu’elle aime côtoyer et qui sera sa principale source d’inspiration, mais aussi de matériaux avec lesquels elle travaille certaines gravures et compose de magnifiques collages, souvent de grandes dimensions, véritables fresques vivantes, organiques et parsemées de phrases et de poèmes.

Ce qui distingue Janine Leroux Guillaume des autres graveurs, c’est sa maîtrise de la « manière noire », mais surtout sa pratique du mélange des genres et des techniques. Presque qu’une obsession chez elle, Janine Leroux Guillaume repousse constamment les conventions de la pratique de la gravure pour inventer de nouvelles méthodes.

Elle a déjà fusionné de l’aquatinte, du berceau et du burin sur une même plaque. À l’impression, elle va souvent incorporer une gravure sur métal avec un bois couché et même se servir de végétaux qu’elle incorpore au vernis d’une plaque pour ensuite les retirer après l’étape de l’eau forte.

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Pédagogue et amoureuse des mots

Mais plus que tout, Janine Leroux Guillaume a de toujours été une grande pédagogue au service de la transmission de l’art et de ses techniques à toute une génération. Elle a fondé dès le début de sa prolifique carrière, une école d’art dans la ville qui l’a vu grandir (Lachute) pour éveiller la fibre artistique des jeunes et des moins jeunes. Janine initiera sa fratrie à la gravure, un art qu’elle affectionne plus que tout et qu’elle enseignera à l’École des beaux-arts de Montréal, à l’Université du Québec en Outaouais et à l’UQAM notamment. Elle a suscité des vocations chez plusieurs jeunes artistes qui feront leur marque par la suite dans le domaine de la gravure et de l’estampe.

L’écriture et la poésie ont en outre constamment accompagné son travail tout au long de sa vie. Un amour des mots qu’elle a toujours su faire rimer avec l’art. Ses écrits et de nombreux livres auxquels elle a collaboré en témoignent. Parmi ses réalisations les plus significatives, 24 murmures en novembre (1980) de Jacques Brault et Les Brûlis (1983), un livre d’art dont les gravures et les poèmes de sa sœur Hermine Perron, relatent l’histoire tragique des patriotes de Saint-Eustache en 1837 (qui comptait parmi eux, l’arrière-grand-père paternel).

Multi talentueuse et toujours au service de l’art, Janine Leroux Guillaume a également collaboré à la préservation des œuvres gravées de Marc-Aurèle Fortin. À la fin des années 70, à la demande de la succession du peintre, elle a minutieusement restauré et supervisé le tirage d’une vingtaine d’eaux forte de Fortin. Chaque gravure est signée de sa main et porte l’estampille de la Fondation Marc-Aurèle Fortin. Certains de ces tirages font désormais partie de collections de renom.

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Une artiste contemporaire

La vie de Janine Leroux Guillaume est intimement liée à l’histoire qui a marqué le monde l’art québécois, du Refus global en passant par le mouvement des automatistes. Ils seront plusieurs à fréquenter son atelier qui malheureusement sera incendié par un pyromane dans les années 70. Une épreuve dont elle se relèvera, car elle avait déjà vu pire. En effet, l’artiste qu’elle est devenue n’aurait pu ne pas être, elle qui a été victime à 16 ans d’une subite et violente maladie qui lui fera frôler la mort et perdre l’usage de ses jambes pendant trois longues années.

Pour l’aider à se sortir de cette période difficile, ses frères lui paieront un cours de dessin et de peinture par correspondance de l’École des beaux-arts de Montréal. Ce cours sera le déclencheur d’une vocation et la révélation d’un talent immense qui n’attendait qu’à s’exposer et s’épanouir.

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Un couple d’exception, pionnier de l’art visuel au Québec et au Canada

Mais la carrière de Janine Leroux-Guillaume c’est aussi celle de Pierre Guillaume, son fidèle compagnon de vie et le véritable révélateur du maître-graveur puisque c’est lui, l’imprimeur d’art qui fait en sorte magnifier avec les papiers et les encres, le travail des burins, des berceaux et des pointes sèches.

Pierre Guillaume est originaire de Dijon en France, est débarqué à Montréal en 1956. Il fuit un contexte peu propice aux jeunes générations provenant de milieux modestes qui n’ont que le service militaire comme opportunité de carrière. Il tentera de s’y adapter, mais l’Armée n’aime pas son côté impétueux et objecteur de conscience. La sœur de Pierre installée à Montréal l’encourage à traverser l’Atlantique, car avec sa formation d’imprimeur-typographe, il y a du travail pour lui à Montréal !

À peine arrivé dans la métropole, Pierre Guillaume rencontre Janine Leroux, un après-midi de décembre à la patinoire du parc Lafontaine et il a la profonde conviction que c’est un coup du destin. « Au moment de notre première rencontre, j’ai tout de suite su que j’allais faire quelque chose de grand avec elle, que nos destins étaient liés », explique celui qu’on surnommera rapidement Pierrot.  

Pour Pierre, « Janine était un superbe paquebot qui naviguait dans une mare d’eau trop étroite » et il fallait lui permettre de s’exprimer et de se développer au-delà des frontières de Montréal. C’est lui qui va l’introduire chez Lacourière en 1959. Dans les décennies qui suivront, le couple fera plusieurs séjours à Paris, mais aussi ailleurs en France et en Europe ainsi qu’aux États-Unis.

Au début des années 60, Pierre Guillaume rachète une petite imprimerie du Plateau Mont-Royal qui deviendra le repère de la faune intellectuelle et bohème de l’époque. Durant plus d'une décennie, d’innombrables soirées-causerie sur l’art s’y tiendront où se côtoient, poètes, musiciens et artistes, notamment Gaston Miron, Gilbert Langevin, Maurice Brault, Jean-Paul Mousseau, Armand Vaillancourt, Jacques de Roussan et de nombreux autres.

Située sur la rue Saint-Denis au coin de Maisonneuve, la petite imprimerie ne fera pas la fortune du couple Leroux-Guillaume qui s’est installé à demeure sur la rue Saint-André dans le Plateau Mont-Royal, mais elle sera un jalon très important dans les carrières de Janine et de Pierre alors qu’ils feront de nombreuses rencontres significatives.

 

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L’importance de rendre hommage à un couple d’artistes, pionnier des arts visuels

Janine Leroux Guillaume a cessé de produire subitement il y peu de temps, à l’aube de ses 90 ans et réside maintenant dans une maison de retraite. Diminuée par des pertes cognitives, elle ne parle plus, mais réagis toujours devant ses œuvres qu’elle aime toucher. On sent qu’elle a toujours en mémoire le maniement des outils du maître-graveur, mais sa créativité est désormais emprisonnée à l’intérieur d’elle. C’est dommage, car elle aurait tant à dire et tant à transmettre encore.

C’est pour lui rendre hommage et surtout pour ne pas que le Québec oublie la grande contribution de Janine Leroux Guillaume à l’art que Pierre Guillaume désire ardemment qu’on mette sur pied une ultime exposition rétrospective. « Elle n’est plus là (dans la maison), mais son œuvre est partout autour de moi et je veux lui rendre l’hommage qu’elle mérite », m’a confié Pierre qui est l’unique dépositaire des droits sur les œuvres de son épouse.

Au contraire de sa conjointe, Pierre Guillaume garde toute sa vivacité d’esprit et possède une mémoire presque sans faille. Pour beaucoup et surtout nous, les neveux et nièces, Pierrot est une encyclopédie vivante que nous continuons d’interroger et d’écouter avec intérêt. Il pourrait facilement donner des conférences palpitantes sur l’histoire de la fabrication du papier en passant par l’évolution et les techniques de la gravure tout en nous relatant des faits historiques, car il a la passion de l’histoire.

Cet hiver, Pierre et moi sommes allés voir la remarquable exposition sur Chagall au Musée des Beaux-arts de Montréal qui nous a fortement inspirés. Car tout comme Chagall, Janine Leroux Guillaume a été prolifique sur tous les plans artistiques et son œuvre est imposante.

Nous avons déjà commencé à répertorier tout ce qui ferait l’objet d’une belle rétrospective et c’est fabuleux ce qu’on redécouvre. Il existe de petits trésors qu’il faut absolument exposer comme cette grande mosaïque aux allures d’iconographie byzantine réalisées à l’École des beaux-arts intitulée « Le couronnement de la Vierge ».

Organiser une rétrospective de l’œuvre de Janine Leroux Guillaume sera tout un défi, mais nous avons très envie de le relever, car nous sommes convaincus qu’il est primordial de pérenniser une œuvre qui a sa place dans l’histoire de l’art au Québec et au Canada.

Natalie Valade

Nièce des Pierre et Janine

14 avril 2017